02 août 2006
Le talon d'Achille d'Achille
Me revient une anecdote rigolote :
Mon petit cousin devait faire un exposé sur la Guerre de Troie. Il avait compilé pas mal de truc sur internet, imprimé une jolie feuille avec l'histoire tout écrite. Sa mère, pour être sûre qu'il avait tout compris et bien intégré l'histoire, lui demande de me la raconter.
Alors, mon ptit cousin me la raconte. Les grecs, les troyens, tralali, tralala, il connaissait bien l'histoire (l'avait vu le film, faut dire - et moi aussi, faut dire). On arrive à la grosse bagarre, à Achille, l'atout des grecs.
Il me regarde, et me dit :
- Achille était très fort, mais il avait un talon d'Achille, tu sais ce que c'était ?
- Euh... attends, tu veux dire, il avait une faiblesse, et tu me demandes ce que c'est ?
- Bah non, il avait un talon d'Achille, alors, tu sais ce que c'était ?
- Ah.
Je lui raconte l'histoire du Styx, sa maman qui le plonge dedans en le tenant par le talon, je lui dit que l'expression vient de là.
- Bon alors, c'est quoi, son talon d'Achille, à Achille ? me redemande-t-il.
- (Blanc) Son talon ?
- Ouais !
Le talon d'Achille d'Achille, c'est son talon.
Infoutue de lui expliquer, j'étais.
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01 août 2006
Paysage Provençal - Cézanne - aquarelle
Cézanne Cézanne
Quelle émotion ! Quel énorme choc ! C'est la première fois qu'une exposition me fait cet effet-là.
Je passe les premières salles (un petit autoportrait de Rembrandt au passage, on ne crache pas dessus).
Je monte un escalier, face à un Ingres immense, un Zeus imposant et pyramidal, avec ses petits doigts de pieds tout rondelés et tout tendres. Dans la salle qui suit, des copies de divers tableaux, peintes par Cézanne.
Et puis là, je ne sais plus vraiment comment ça s'est passé, j'ai commencé à me taire, à passer de tableaux en tableaux, captivée.
Et puis j'entre dans la salle des aquarelles. Il y en a de toutes dates, du début jusqu'à la fin (et quelle fin !). ça m'agace un peu, il n'y a pas beaucoup de lumière, rhôô, c'est ennervant, et re-je me tais, bouche bée. Ces aquarelles me coupent le souffle, me font cligner des yeux. Comment, comment est-ce possible d'avoir peint cela ? Je fais vite le tour de la pièce, je veux voir tout, est-ce qu'il y en a encore ?
La dernière (Paysage provençal, 1902-1906, Musée de Budapest) avant de changer de pièce m'arrête, j'ai les larmes aux yeux. Est-ce que j'essaie de décrire cette émotion ?
De l'emerveillement, de l'admiration : quelqu'un a réussi à peindre cela, à dire cela. Cette aquarelle parle en un instant. Il faut essayer d'imaginer tout un discours dit en une seconde. On ouvre une porte - on la referme. Cet instant-là n'est ni figé (parcequ'il dit beaucoup, longtemps), ni en mouvement. C'est un resultat, livré comme ça, tiens, hop, voilà, regardez.
J'y suis revenue plusieurs fois, au cours de ma visite, en essayant d'y voyager, plus doucement. Les couleurs sont belles, bah oui. Elles sont là et on en n'imaginerait aucune autre à leur place. Mais elles sont choisies par Cézanne qui aurait pu, je crois, trouver un équilibre avec une autre palette, une autre gamme de ton. Celle qu'il a choisie et qui est indispensable (on ne pourrait tirer un fil sans se retrouver avec toutes les pelotes décomposées entre les mains) en plus, me plait. J'ai l'impression qu'il l'a choisie pour moi, pour mon plaisir !
Les couleurs sont douces et intenses (on pourrait dire qu'elles sont pastel), gaies mais pas un instant niaises ou mielleuses ! Il fallait l'oser quand même !
Et la touche est "construisante", mais légère, transparente, et, comment dire, humble - en tout cas, elle ne porte pas de poids ni de responsabilité pour le tableau, bien qu'elle soit parfaitement posée. Elle est tracée, déposée, bien là, bien là.
Le jeu des transparences est incroyablement émouvant. Peut-être parcequ'on voit la progression, la construction du tableau. Les touches se superposent, laissant de l'air entre elles, comme entre des mains un peu arrondies, qui les unes près des autres, en laissant par ailleurs de grands espaces vierges, construiraient une sorte d'édifice, ou une trace d'édifice.
L'air passe entre les touches de couleur comme entre la ramure d'un édifice, l'ossature en bois fin et tendu, le dessin "en fil" préparatoire de la 3D...
Il existe un espace, des espaces "évidents", que Cézanne a cernés avec légèreté, qu'il a créés, et qu'il nous DONNE (en tout cas, c'est ouvert...)
ça pour moi, c'est la Beauté.
PS : on peut voir quelques reproduction de ces aquarelles sur le site "Cézanne en provence".
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